Un col ne se monte pas qu’à la force des mollets

04

AVRIL 2015

 

J+356 – Km 8.433
Kars, Turquie

Il y a des jours où rien ne semble aller comme on le souhaite. Des jours où le moral, la météo, la force physique ou l’envie ne sont pas au rendez-vous. Aujourd’hui, c’était un jour avec … avec tout cela réuni. Depuis presqu’un an que l’on voyage, c’était peut-être la journée la plus dure psychologiquement que nous ayons vécus.

Cela commence par une petite tracasserie, un petit accrochage, un petit rien qui prendra par la suite de l’ampleur. Ce matin, une accumulation de petites choses désagréables et pourtant sans conséquence isolées l’une de l’autre donneront le ton de la journée. Le réveil qui sonne une heure plus tard que prévue : et oui, on est passé à l’heure d’été et du coup on se lève une heure trop tard malgré toute notre bonne volonté. C’est d’autant plus embêtant qu’une intervention est prévue à la faculté de sport en début d’après-midi pour parler de notre voyage aux étudiants. Mais pour pouvoir se rendre à Kars dans les temps, il nous faut parcourir 70 kilomètres et passer un col à 2300 mètres d’altitude, alors que nous nous trouvons à 1400 mètres tout au plus. On se rend compte en s’apprêtant à partir que nos drapeaux ont disparu. On les a probablement oublié dehors la veille; est-ce le vent violent qui a soufflé toute la nuit qui les a emportés, ou bien les chiens errants, qui sont venus rôder autour de la tente toute la nuit, qui seraient repartis avec les bâtons auxquels nous les avions accrochés faute de trouver de la nourriture ? Quoiqu’il en soit, ce qui avait plutôt une valeur sentimentale pour nous s’est bel et bien « envolé ».

Après un petit déjeuner offert par la gendarmerie devant laquelle on avait campé la veille, on prend la route. Le temps est maussade, le vent souffle, la pluie puis une fine neige se mettent à tomber. La route descend autant qu’elle monte et après 30 kilomètres l’altitude n’a quasiment pas bougé. La pluie et le vent redouble, et après 5 kilomètres de grimpe à 10%, Gökben propose d’arrêter un poids lourd pour y charger les vélos et rejoindre Kars en stop.

On décide alors d’en discuter, j’ai les jambes pour achever l’ascension et bien que peu entrain à parler, le moral est bon. Mais Gökben, elle, ne se sent pas la force psychologique de rejoindre le sommet à la force des mollets. Car ce qu’on a pu constater depuis le début de notre voyage, c’est que dans la majorité des situations difficiles rencontrées, les jambes ne suffisent pas à nous faire avancer. Gökben a besoin que notre relation soit saine et sans contrariété. À ce moment précis, elle n’a pas senti l’esprit d’équipe et la solidarité qui nous unit habituellement.

« On trouve 30% de notre force dans les jambes et 70% dans la tête »

Cela ne nous était pas arrivé auparavant, tout du moins pas au point de baisser les bras devant un obstacle. On reste une équipe et un couple avant tout, alors après avoir fait part de notre état d’esprit, on décide finalement de suivre la volonté de Gökben et de monter à bord d’un véhicule quand l’occasion se présentera. Il ne sert à rien de se dégoûter du voyage maintenant, il reste encore beaucoup de kilomètres à parcourir et de nombreux défis à relever. Quelques kilomètres plus tard, un camion s’arrête pour nous aider et nous emmène jusqu’à Kars. A la vue du visage rayonnant de Gökben une fois dans le véhicule, il n’était pas nécessaire de lui proposer de se faire déposer au sommet du col pour en apprécier la descente de 20 kilomètres. C’est un peu frustrant de rater cela mais la décision prise est la plus adéquate pour nous deux.

Quand les gens nous demandent où l’on puise toute cette énergie et cette force pour avancer et voyager ainsi à vélo, on leur répond simplement qu’on en trouve 30% dans les jambes et 70% dans la tête. Aujourd’hui, nous n’étions qu’au tiers de nos capacités …

Quand le moral va, tout va !

On a toutefois appris de cette mésaventure, une expérience de plus. Une semaine plus tard, on fera l’ascension d’un col à 2550 mètres, dans des conditions météo bien plus déplorables selon nous, sous une tempête de neige et par -6°C. Le moral et le soutien de chacun étaient présents et cela nous a énormément aidés ! Pourvu que ça dure car l’Arménie et ses routes qui en ont fait baver plus d’un nous attendent patiemment !

error: Content is protected !