Les Alpes autrichiennes, entre cols et Tyrol

Un col à 2000 mètres d’altitude pour cadeau d’anniversaire


Après avoir bivouaqué à seulement cinq kilomètres de la frontière, nous entrons dans notre troisième pays, l’Autriche, sous un temps maussade et sur une route encombrée. Première chose qui nous frappe : aucun drapeau autrichien ne flotte nul part, alors qu’en Suisse, on en trouvait à toutes les fenêtres, sur toutes les voitures. On attendra un peu avant d’accrocher notre nouveau trophée. En effet, on n’emporte très peu de souvenirs des pays que l’on traverse, mais les drapeaux et les cartes postales sont des choses que l’on n’oublie jamais de mettre dans nos sacoches, et en plus, ça ne pèse rien et ne prend pas de place.

Arrivés à Bludenz, la « porte des Alpes », entourée de massifs montagneux alpins, on tombe nez à nez avec … la chocolaterie Milka ! On s’arrête illico pour faire une razzia de chocolats à prix réduit. Le temps tourne au vinaigre, on se dépêche de trouver un camping, malheureusement encore plus cher qu’en Suisse ! Le lendemain sera un jour de pluie incessante, on décide donc de rester en ville pour se reposer car un col à plus de 2000 m nous attend par la suite.

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Une aubaine pour la vache Milka …

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Voilà à quoi carburent les cyclo-touristes !

Direction Silvretta ! Nicolas, pour son anniversaire, rêve de grimper le col du même nom, à 2036 m, pour fêter le passage de la trentaine comme il se doit. Gökben appréhende un peu l’idée de devoir grimper autant (Bludenz se situe à 500 m d’altitude), mais le fait de se perdre en montagne l’aide à la convaincre. Un crachin nous accompagne toute la journée, bien que l’on aperçoive parfois le bleu du ciel au loin, mais une fois de plus, le moral est au beau fixe, cet état d’esprit nous donne le sentiment que rien ne peut nous arriver et que tout est possible. Les premiers kilomètres se font sur une pente ascendante assez douce, mais ça grimpe sec par la suite, avec un dénivelé de 1000 m sur une dizaine de kilomètres. On en bave tous les deux, mais personne ne pousse. On s’arrête finalement autour de 1700 m d’altitude et bivouaquons près d’une cascade, se gardant la partie en lacets la plus difficile pour le lendemain. Et si en plus on peut avoir du beau temps en arrivant au sommet, tant mieux. Car avec un ciel chargé de nuages et de pluie et 15°C au thermomètre, on se croit plus au mois d’avril qu’à la mi-juillet, alors qu’à seulement 600 km au Nord, en République Tchèque, des records de chaleur sont battus …

Ce samedi 12 juillet, on fête donc l’anniversaire de Nicolas, après la fameuse trentaine de lacets laissée la veille et le col Bielerhöhe vaincu ! La chance nous sourit puisque le temps s’est dégagé et qu’un soleil radieux brille au-dessus du barrage de Silvretta. On s’offre un repas au self-service pour fêter ça : Wiener Schnitzel, Apfelstrudel et Topfenstrudel accompagnés d’une bonne bière, le luxe ! Gökben surprendra Nicolas en lui montrant les photos de ses proches lui souhaitant un joyeux trentième anniversaire, qu’elle avait préparée en douce avant et pendant le voyage, ainsi qu’une liste de 30 actions à effectuer avant le prochain anniversaire. On se fait ensuite plaisir dans les 52 km (!) de descente qui suivent le col, battant notre record de vitesse avec le (petit) 77 km/h de Gökben. Autant dire que l’on avale les kilomètres plus rapidement que la veille !

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Seuls en pleine montagne

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Joyeux anniversaire !

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Et le plus dur est à venir …

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C’est tout aussi beau de l’autre côté du col …

Accueil très matinal dans le Tyrol et nouveau col alpin


Nous voilà en plein Tyrol, en direction d’Innsbruck. On rejoint la piste cyclable Landeck-Innsbruck, et comme en Suisse, les infrastructures cyclistes en Autriche sont de qualité : chemins asphaltés, panneaux de signalisation, pancartes touristiques, aires de repos, tout est fait pour rendre le trajet agréable et sûr. On s’arrête à 20 km d’Innsbruck dans un petit camping à Pettnau lorsque la pluie reprend. On assistera à la finale de la Coupe de Monde de Football avec les Allemands et les Hollandais qui occupent principalement ce camping, dans une ambiance décontractée. Le lendemain, on passe le cap des 3000 km; quand on pense que l’on est en Autriche et que certains cyclo-touristes rencontrés précédemment en ont fait autant pour rejoindre Istanbul en Turquie, on se dit que le rythme et l’itinéraire ne sont définitivement pas les mêmes. Mais c’est ce qui est intéressant avec le voyage à vélo et la liberté qu’il procure : il y a autant de voyages différents que de cyclo-touristes sur la route, et chaque expérience est d’une richesse incroyable. On passe l’après-midi dans la capitale du Tyrol, à errer dans les rues de la vieille ville et de ses maisons du XVe et XVIe siècles.

Le lendemain matin, réveil surprise à … 6h30 ! Alors que l’on campait non loin des berges de l’Inn, on a mis un certain temps avant de réaliser que ce bruit de tracteur ne faisait pas partie de nos rêves, mais que celui-ci était déjà planté à moins de dix mètres de la tente ! Deux bonhommes travaillant pour une entreprise de construction sont là pour charger leur camion de limon, et bien entendu, on a décidé de bivouaquer sur ce qu’on considérait comme un lieu de bivouac tranquille à l’orée des bois avec vue sur la rivière. Les deux ouvriers sont surpris de nous trouver là mais ne veulent pas nous déranger trop longtemps. On décide tout de même de lever le camp et on prend la route avant 8h ! On roule jusqu’à Zim an Zeller où l’on s’attaque à monter un nouveau col, le GerlosPass, à environ 1600 m d’altitude. Une nouvelle fois, nous avons un dénivelé positif de 1000 m à grimper sur 20 km. La pluie nous tombe dessus peu avant le col alors que le soleil tapait fort toute la journée. Une fois de plus, nous bivouaquons à l’entrée d’un parc national où nous trouvons un emplacement dans les bois d’où seules les vaches paissant dans le pré voisin nous débusquent en nous rendant visite au petit matin. Le col de Gerlos n’est plus très loin, et d’après la carte routière, c’est la dernière grosse difficulté avant un moment …

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Vue sur la vallée de Zim an Zeller

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Réveil matinal en bonne compagnie