Quand poser les vélos devient nécessaire

13

NOVEMBRE 2014

 

J+214 – Km 7.696
Ayvalık, Turquie

L’arrivée en Turquie se fait après 8 mois sur les routes, 8000 kilomètres et 500 heures de vélo. Une pause méritée et nécessaire alors que la pression retombe une fois l’objectif de rallier notre terre natale et d’adoption atteint.

Jeudi 13 novembre 2014, nous posons finalement nos roues à Ayvalık, en Turquie. Après que Gökben ait embrassé sa terre natale, nous profitons de ces premiers instants pour fêter notre arrivée et nous remettre dans le bain des petites habitudes turques : thé et simit sur la terrasse ensoleillé d’un café, pendant que les passants scrutent avec attention nos vélos et s’adressent à nous en lançant des « Hello, welcome to Turkey ! » dans une bonne humeur et une curiosité qui caractérisent si bien les Turcs. Gökben en surprend plus d’un en répondant dans sa langue natale que nous ne sommes pas étrangers à ce pays alors que tout le monde s’attendait à voir débarquer deux touristes à vélo. La culture du vélo est quasi-inexistante en Turquie et peu de voyageurs turcs parcourent le monde avec ce moyen de transport, d’autant plus quand leur compatriote est une femme sur un vélo couché.

Turquie, nous voilà !

Gökben a l’air heureuse de rentrer au pays !

Relâchement psychologique … et conséquences

Le temps est compté afin d’arriver à Istanbul dans les temps pour que Gökben fasse la surprise d’arriver dans la mégalopole le jour de l’anniversaire de sa mère. 300 kilomètres à vélo avec un col à franchir, puis traversée de la mer de Marmara de Bursa à Istanbul en deux jours, le défi est de taille.

Mais voilà, on se relâche. La route est monotone dans ce coin de Turquie que l’on connaît bien. On parcourt une cinquantaine de kilomètres au bout desquelles on remet cet objectif en question : pourra-t-on y arriver dans les temps ? Ce serait dommage d’échouer si près du but ! Après huit mois sur les route et 7000 kilomètres, où l’on aura essentiellement pédalé et pris quelques bateaux pour traverser fleuves et mers quand cela s’avérait nécessaire, on se dit que l’on a quelque part atteint notre premier objectif de rallier nos pays respectifs à la force des mollets. Atteindre la Turquie était ce que l’on avait en tête, et maintenant que ce défi est réalisé, on a du mal à trouver le jus nécessaire pour pédaler comme des fous pendant deux jours.

Après tout, nous n’avons rien à prouver à personne mis à part nous-mêmes, on ne souhaite pas battre de record, simplement vivre une vie nomade qui peut sembler différente à autrui, et voyager doit avant tout rester un plaisir. Il ne faudrait pas se dégoûter de l’itinérance à vélo maintenant ou dans le futur. La décision est donc prise : on lèvera le pouce aujourd’hui pour continuer notre route. On trouve un chauffeur routier prêt à embarquer nos vélos dans son camion et en quatre heures de temps, on fera un saut de 200 kilomètres jusqu’à Bursa, sans se soucier du col que l’on aura finalement pas à grimper sur une route poussiéreuse en construction et sur une seule voie. Le bon choix était celui-ci : celui qui nous rend heureux.

Le lendemain, après une nuit à camper sur le terrain d’une station-service à l’entrée de Bursa, on boucle les 50 kilomètres restants à vélo pour rejoindre la petite ville de Mudanya, d’où nous prendrons le bateau pour rejoindre Istanbul, située à quelques 90 kilomètres au nord de la mer de Marmara.

Et là, conséquences de notre relâchement psychologique, où l’on se dit qu’il est temps d’arriver à la maison, d’apprécier une bonne douche chaude et un bon repas, entourés de gens proches et de la famille qui attendaient notre arrivée depuis tant de temps, ce qui devait arriver, arriva. En cette journée pluvieuse, sur une route descendante détrempée et en mauvais état, Gökben fait une sévère chute alors qu’elle arrivait plus vite qu’à l’accoutumée dans un virage. Le vélo se couche alors et glisse sur une vingtaine de mètres, Gökben continuant à jouer de sa sonnette même à l’arrêt pour me prévenir de l’incident (ses pensées étaient défintivement ailleurs !). Elle n’a heureusement rien mis à part un pantalon légèrement déchiré et un bleu sur une cuisse. Deux des sacoches, qui ont amorties le choc et protégées Gökben, ont fait les frais de cette chute, sérieusement abîmées alors que le vélo, lui, n’a pas souffert, hormis un rétroviseur cassé.

Gökben, en tant qu’alpiniste avertie, se rappelle sans cesse cette statistique tristement connue des férus de haute-montagne : « 80% des accidents mortels interviennent au retour du sommet gravi». Plus de peur que de mal cette fois-ci, on continuera prudemment notre route, mais une pause est indéniablement nécessaire.

Des retrouvailles tant attendues

Partir pour mieux revenir

Rencontre avec un Bosnien d’Istanbul

Nous arrivons finalement à Istanbul, où, à la grande surprise de Gökben, on débarque du bateau immédiatement accueillis par sa mère ! Cette dernière avait senti venir le coup de la surprise et les sœurs de Gökben avaient fini par lui vendre la mèche. Les retrouvailles sont chaleureuses et pleines d’émotions.

Il n’en faut pas plus à Gökben pour se faire remarquer en plein milieu du centre historique d’Istanbul. Alors que des milliers de touristes visitent la partie européenne de la ville en attendant le départ du marathon d’Istanbul le lendemain, elle trouve le moyen de faire une chute en glissant sur les rails du tramway. Les conversations autour de nous passent immédiatement de « vous avez vu ces vélos ? » à « vous l’avez vu tomber ?! » alors que Gökben se relève rapidement de cette chute sans gravité et quitte la place avant que les passants ne sortent leurs caméras pour immortaliser le moment !

C’est donc décidé, on profitera d’Istanbul à pied (non sans s’incruster au marathon avec nos vélos !) pendant quelques jours, avant de reprendre la route vers Izmit où certains de nos collègues et amis se trouvent, et finalement rejoindre Ankara en bus afin de faire une pause hivernale bien méritée.

Il est temps de regoûter aux joies de la vie sédentaire et de profiter de la présence de famille et amis sans le froid pinçant de l’hiver anatolien ni la peur (qui fait pourtant pédaler Gökben bien plus vite !) des automobilistes à qui la route appartient malheureusement.

Vue sur la rive européenne d’Istanbul

Retrouvailles avec collègues et amis

Vue sur la rive européenne d’Istanbul

Retrouvailles entre amis pour Gökben

8 mois, 8000 kilomètres, 500h de vélo !

error: Content is protected !